Nouvel épisode de la « normalisation » des relations avec le Rwanda voulue par Paris pour tenter de reprendre pied dans la région des Grands Lacs : la présence, hier, du secrétaire d’État à la Coopération, Alain Joyandet, aux cérémonies commémorant, à Kigali, le seizième anniversaire du génocide des Tutsis. Une visite qui fait suite à celle de Nicolas Sarkozy, le 25 février dernier, pour sceller le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays. Sans reconnaître formellement les responsabilités de la France, accusée d’avoir appuyé le camp génocidaire, Nicolas Sarkozy avait alors admis de « graves erreurs d’appréciation » et « une forme d’aveuglement ».
Sur son blog, Alain Joyandet évoque « une volonté partagée de se tourner vers l’avenir, sans occulter un passé douloureux, et d’établir une relation confiante et constructive sur tous les sujets d’intérêt commun ». Un « intérêt commun » que le Rwanda, membre du Commonwealth depuis novembre 2009, semble appréhender plutôt froidement. « Les relations que nous souhaitons établir avec les autres pays sont des relations basées sur des échanges mutuellement bénéfiques. C’est ce que j’ai expliqué (au président Sarkozy) et j’espère avoir été clair sur ce point », insistait le président rwandais Paul Kagame le 3 mars, lors d’une conférence de presse.
Quant au « passé », il revient encore sur le devant de la scène avec la publication, hier, par la revue XXI, du témoignage d’un gendarme français, l’adjudant-chef Thierry Prungnaud, envoyé en juin 1994 au Rwanda dans le cadre de l’opération Turquoise. Le militaire y laisse entendre que l’armée française aurait formé des génocidaires, fermé les yeux sur les massacres, avant de décréter le silence sur cette tragédie.
Rosa Moussaoui
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