lundi 12 avril 2010

Niger - L’OIF au Niger: Examen de passage pour putschistes vertueux

L'Observateur Paalga 12/04/2010)
Depuis le coup d’Etat du 18 février dernier qui a balayé le très controversé président Mamadou Tandja, Niamey connaît un intense ballet diplomatique. En effet, les émissaires des organisations sous-régionales, africaines et internationales y défilent régulièrement pour faire le point de l’évolution de la situation socio-politique et encourager la junte à tenir ses promesses en organisant des élections libres et transparentes.
Après l’Union africaine et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)en fin mars, c’était au tour de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) de se rendre sur le terrain pour constater les efforts du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CNRD). Conduite par l’ambassadeur du Congo Brazzaville auprès de l’OIF, Henri Lopès, la mission devrait examiner le processus et s’assurer de la volonté des militaires de rendre effectivement le tablier comme ils l’ont promis au lendemain du putsch.
Et jusque-là, le CNRD n’a pas déçu. Fidèles à leur discours, le chef d’escadron Salou Djibo et ses frères d’armes ont posé des actes qui poussent à croire à leur volonté “d’assainir la situation politique et de réconcilier les Nigériens”.
En effet, quelques jours seulement après l’éviction du colonel Tandja, la junte a mis en place un gouvernement ouvert aux civils avec un Premier ministre qui semble jouir d’une bonne réputation au sein de l’opinion publique. Mieux, contrairement à ce qu’on a coutume de voir sous nos tropiques, le nouveau président, Mahamadou Dandah, a signé une ordonnance qui empêche tous les éléments du CNRD de se présenter à la présidentielle.
Et ce n’est pas tout : le Conseil consultatif, structure censée élaborer les conditions d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel, est en place. Les constituants ont mandat de proposer une nouvelle constitution, dont l’adoption permettra d’inscrire le Niger sur la liste des Etats républicains.
Une lourde tâche quand on sait que c’est le tripatouillage de la Loi fondamentale qui a plongé le pays de Hamani Diori dans cette crise. Et ce n’est pas pour rien qu’en début de semaine dernière, les Etats-Unis, le Canada et la Suisse ont rappelé au régime militaire leur souhait de voir le Conseil consultatif produire rapidement des décisions concrètes pour construire la future VIe République.
En attendant la fin des travaux de cette commission, les premiers signaux sont bons. Et pour les émissaires de l’OIF, il faut désormais s’atteler à connaître les dates des élections et la fin de la transmission. Mais l’histoire des vingt dernières années achève de convaincre que l’armée nigérienne est véritablement républicaine. Son intrusion dans la vie politique s’est toujours justifiée par de bonnes raisons.
La gloutonnerie du pouvoir de Tandja était si flagrante qu’il fallait un arbitre pour renvoyer les deux parties en conflit afin de réorganiser le jeu politique. Sauf tremblement de terre donc, le CNRD ira jusqu’au bout, et ce sera tant mieux pour Niamey, qui pourra renouer avec Bruxelles, puisque les sanctions économiques de l’Union européenne sous Tandja restent d’actualité.
Sans attendre le rapport définitif de la Francophonie, qui sera présenté à Paris la semaine prochaine, on peut affirmer que l’examen de passage pour ces putschistes vertueux est un succès au regard des signaux forts qu’ils ont montrés jusque-là

La Rédaction
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