samedi 10 avril 2010

MALI - Extraits du discours de Dioncounda Traoré : La côte d’alerte est atteinte

(Maliweb 10/04/2010)
A l’ouverture de la session parlementaire, le président de l’Assemblée nationale a jeté un regard sans concession sur l’actualité du pays. Nous vous proposons quelques extraits de son discours.
Honorables collègues,
Mesdames et messieurs,
L’école malienne demeure une des préoccupations majeures de nos concitoyens. Il s’agit là d’une question qui constitue aujourd’hui un véritable défi à notre Peuple aux Parents, au Gouvernement, aux enseignants, aux élèves. Force est de constater que les nombreux fora organisés dans notre pays n’y ont rient fait et notre école continue à se dégrader, à se désagréger et à s’enfoncer chaque jour un peu plus dans l’abîme.
Il est loin ce temps où le produit de l’école malienne était recherché et respecté. Une époque où il suffisait à nos bacheliers de décliner leur nationalité malienne pour que les portes étrangères s’ouvrent
Aujourd’hui même dans la sous-région les bacheliers maliens sont soumis à des tests de niveau.
Aujourd’hui les professeurs maliens émigrés ne sont plus une denrée recherchée sur le marché de l’emploi.
Aujourd’hui on ne cherche plus à se former, à connaître, on ne cherche plus à savoir. A quoi bon ?
De toute façon au bout du chemin on obtient son parchemin. Un diplôme vide et qui sonne creux qui ne servira qu’à grossir les rangs des jeunes dits diplômés mais sans emploi. Evidemment là aussi la corruption est passée
Le Forum National sur l’éducation, avec ses recommandations semblait avoir posé les jalons d’une sortie de crise c’est pourquoi il avait suscité un immense espoir et emporté l’adhésion de toutes les composantes de notre société.
L’Assemblée Nationale, tout en s’engageant à appuyer l’action du Gouvernement dans ce domaine, avait cependant souligné la nécessité de traduire rapidement en plans d’action opérationnels aussi précis que possible ces différentes recommandations, et ce, dans le cadre d’un moratoire de deux ans minimum.
Mais le constat est loin d’être rassurant pour l’avenir.
Je voudrais en tout cas réaffirmer solennellement, l’engagement de l’Assemblée Nationale à ne ménager aucun effort pour aider à restaure une école performante à tous points de vue. Parce que revenue aux valeurs morales et pédagogiques qui en faisait jadis l’objet de notre fierté.
Honorables collègues,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
La gravité de la situation de l’école ne doit pas occulter une autre préoccupation qui prive parfois de sommeil nos populations.
Il s’agit de l’insécurité, une insécurité grandissante à l’intérieur et dans la région sahélo-saharienne, que nous partageons avec des pays voisins.
A propos de l’insécurité urbaine, elle a atteint un seuil alarmant. La délinquance et le grand banditisme prennent de plus en plus, la forme d’une criminalité professionnelle, avec des vols qualifiés, des braquages sur les grands axes routiers, et autres actes de viols et d’assassinats.
Face à ce phénomène, le citoyen se sent désemparé, incapable parfois de mener ses activités ordinaires.
Cette insécurité se double des tragédies quotidiennes de la circulation routière. La côte d’alerte semble depuis longtemps dépassée, mais les multiples appels et les campagnes de sensibilisation pour inviter à des comportements responsables restent souvent sans échos.
Les mesures réglementaires prises pour assurer la sécurité des usagers n’ont guère produit les effets escomptés, et la route continue de tuer.
L’Assemblée Nationale exhorte, avec insistance : le Gouvernement à utiliser efficacement tous les moyens légaux dont il dispose, pour informer, pour éduquer et pour sévir, le cas échéant ; les parents à veiller sur l’usage que les jeunes font des engins ; les jeunes eux-mêmes, à plus de civisme et de prudence.
Distingués invités,
Honorables Collègues,
Mesdames et Messieurs,
L’insécurité dans la zone sahélo-saharienne se situe au centre de l’actualité chez nous. Les actes persistants de terrorisme, les trafics de drogue, d’armes, voire d’êtres humains alimentent cette insécurité et constituent le terreau d’une menace de grande ampleur, nettement au-delà des frontières des pays directement concernés.
Les activités terroristes et criminelles d’AQMI doivent amener les états riverains de la région sahélo-saharienne à se concerter régulièrement, à mettre en synergie tous leurs moyens et à renforcer leur coopération.
Les incompréhensions qui ont surgi récemment dans les relations entre les pays frères d’Algérie, de Mauritanie et du Mali, suite à la libération de quatre membres d’AQMI détenus au Mali, parallèlement à celle de l’otage Français Pierre CAMATTE, ne peuvent qu’affaiblir les capacités de lutte contre les terroristes.
En effet pendant que nous jouons à ce petit jeu diplomatique, le terrorisme continu à sévir, les trafics de toutes sortes s’amplifient, AQMI s’organise mieux et se renforce.
Honorables collègues,
Distingués invités,
Mesdames et messieurs,
Dans mon allocution de vœux pour l’année 2010, au Chef de l’Etat, je déclarais : « La Providence nous a gratifiés cette année, d’une bonne pluviométrie et les techniciens annoncent déjà une production céréalière satisfaisante.
L’expérience nous a cependant prouvé, plus d’une fois, qu’une abondante production ne rime pas toujours avec un approvisionnement correct et durable des populations. Parfois même, les bonnes campagnes agricoles se terminent par des pénuries graves.
La gestion de l’abondance se révèle être aussi difficile que celle de la pénurie » (fin de citation).
Ce rappel, nous conduit à une autre insécurité : les difficultés alimentaires et économiques dans certaines localités des régions de Kidal, Gao, Tombouctou et Kayes.
Les mesures que le Gouvernement vient d’arrêter à travers le Commissariat à la Sécurité Alimentaire, doivent être correctement appliquées, afin de soulager les populations en détresse, et, en certains endroits, le cheptel en plus.
En outre, le Gouvernement doit multiplier les initiatives pour conforter la politique déjà en mouvement, aux fins de booster la production et engager véritablement notre pays dans la voie de la souveraineté alimentaire.
Dans le même ordre d’idée, les efforts pour aider les populations à supporter le poids de la vie doivent être poursuivis, compte tenu de l’incidence d’une conjoncture internationale défavorable sur les prix de certaines denrées de première nécessité, notamment alimentaires, hors de portée du revenu de la majorité des Maliens.
Par ailleurs depuis bientôt deux décennies, les autorités maliennes ont procédés à la privatisation de nombreuses entreprises publiques, convaincues qu’une gestion par un actionnaire majoritaire privé permettrait d’assurer le suivi et développement de ces entreprises publiques en difficulté.
HUICOMA fait partie de ces cas.
Malheureusement ces privatisations se sont faites avec des fortunes diverses. Concernant HUICOMA les travailleurs ont observé un long sit-in à la Bourse du Travail.
Suite à cette séance de questions orales, l’Assemblée Nationale a estimé devoir mettre en place une Commission d’enquête pour recueillir encore plus d’informations concernant les nombreux griefs fait par les travailleurs de HUICOMA au processus de privatisation de cette entreprise.
Je sais que le Président de la République et le Gouvernement sont entrain de trouver les voies et moyens de ramener la paix sociale et sauve HUICOMA.
Néanmoins, dans ce cas là et dans d’autres où des revendications socioprofessionnelles se font de plus en plus entendre avec comme dénominateur commun l’amélioration des conditions de vie et de travail, des mesures d’anticipations et de veille reste de rigueur pour maintenir un climat social apaisé.
Je vous remercie !
NB : Les titres sont de la rédaction

Nouvelle République, 10/04/2010
© Copyright Maliweb

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire