La volonté du président comorien de prolonger son mandat jusqu'à fin 2011 suscite de vives tensions politiques aux Comores, en particulier dans l'île de Mohéli, faisant craindre une nouvelle crise et de possibles violences dans l'archipel.
"Le 26 mai au soir, le président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi ne sera plus légitime!", martèle l'opposant Mtara Maecha. "Ce jour-là, rien ne change", rétorque le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Ben Said Jaffar.
Elu sans contestation en mai 2006 pour un mandat de quatre ans, le chef de l'Etat, censé quitter ses fonctions le 26 mai prochain, a décidé de fixer les élections du président de l'Union au 27 novembre 2011, prolongeant ainsi de facto de dix-huit mois son mandat.
Le camp Sambi justifie cette décision par "l'harmonisation" nécessaire entre le scrutin présidentiel et l'élection des chefs des exécutifs des trois îles de l'archipel.
La rallonge du mandat présidentiel a été avalisée par un congrès parlementaire convoqué début mars et boycottée par l'opposition. Elle repousse d'autant l'arrivée à la tête du pays d'un ressortissant de Mohéli, comme le prévoit la règle de la présidence tournante.
Selon ce principe, inscrit depuis 2001 dans la Constitution, la prochaine présidence de l'Union revient à Mohéli après M. Sambi, ressortissant de l'île d'Anjouan, qui avait succédé lui-même à Azali Assoumani, de la Grande Comore.
"Mohéli se sent trahie, humiliée", explique l'opposant Houmed Msaidie, en écho aux informations relayées par des notables locaux.
Miraculeusement revigorée, regroupée au sein d'une large coalition, l'opposition dénonce "une dérive dictatoriale du pouvoir" et exige "le respect du calendrier électoral".
Le ministre de l'Intérieur Hassane Ahmed el Barwane affirme que la réforme constitutionnelle irait à son terme, dénonçant une entreprise de "déstabilisation" de l'opposition qui "ne représente plus grand chose".
"La prolongation du mandat présidentiel, la façon dont elle est organisée, crée de fortes tensions qui risquent d'aller croissant", s'inquiète toutefois un analyste étranger qui souligne la "bunkerisation" du régime.
Femmes et jeunes en tête, "la population mohélienne est unanime sur l'idée qu'on est en train de lui voler le pouvoir", et "la situation dans l'île pourrait se tendre très sérieusement à l'approche du 26 mai", estime cet analyste.
"La volonté de Sambi de s'éterniser au pouvoir choque les Comoriens, confrontés aux difficultés économiques du quotidien", accuse un journaliste local.
Les investissements et grands chantiers promis par les "amis" arabes du président tardent à se concrétiser. Beaucoup d'habitants de Moroni lui reprochent de n'avoir pas tenu "ses promesses", notamment en matière de lutte contre la pauvreté.
L'arrivée fin mars de dizaines de militaires libyens, officiellement des "instructeurs" de l'armée, mais possibles "mercenaires au service" du président selon l'opposition, a cristallisé les tensions.
Ce débarquement s'est fait sans que les chefs de l'armée en soient informés, selon un officier supérieur, qui s'alarme des "incompréhensions et contradictions" avec l'éxécutif.
Même en s'appuyant sur "ses supposés alliés arabes et iraniens", Sambi "aura beaucoup de mal à avoir une prolongation tranquille de son mandat", pronostique l'analyste.
Le gouvernement est "dans un dialogue de sourd avec l'opposition", selon cette source qui suggère "une forte implication de la communauté internationale", et de l'Union africaine (UA) en particulier.
Fortement impliquée dans le dossier comorien, l'UA a dépêché son commissaire à la paix et à la sécurité, Ramtane Lamamra, arrivé à Moroni jeudi où il devait rencontrer le président Sambi.
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