(Le Pays 12/04/2010)
L’intervention de Jacob Zuma, président sud-africain, qui a pris ses distances vis-à-vis des agissements du jeune leader de l’ANC, parti au pouvoir, pourra-t-elle ramener la sérénité en Afrique du Sud ? Rien n’est plus incertain, car les sympathisants de Eugène Terre’Blanche, fermier blanc sud-africain assassiné le 3 avril dernier par deux de ses employés noirs, se remettent très difficilement de ce qu’ils ont vécu comme une tragédie.
Même si l’AWB, mouvement de résistance afrikaner, a officiellement renoncé à mener des représailles pour venger son chef, il s’en trouve tout de même dans la communauté blanche qui ne cachent pas leur colère. Faisant suite à son appel au calme au lendemain de la mort du leader extrémiste, la sortie du chef de l’Etat a ceci d’opportun qu’elle intervient à un moment où Julius Malema, dirigeant de la branche jeune de l’ANC, semble défier jusqu’à l’autorité judiciaire.
Alors qu’il était en visite au Zimbabwe, il n’a pas hésité à déclarer qu’il continuerait à chanter l’hymne à polémique dont la Justice avait interdit l’usage. Le recadrage opéré par le successeur de Thabo Mbeki qui a verbalement désavoué le comportement de Malema, doit être suivi de mesures disciplinaires à même de permettre de baisser la tension qui a déjà gagné en intensité dans les deux communautés.
Si les autorités de la nation arc-en-ciel veulent réussir la catharsis politique entamée par le vieux sage Madiba, gage de toute réconciliation et d’une coexistence exemplaires, elles doivent saisir cette occasion pour avancer dans les réformes. Le jeune leader de l’ANC est un des hommes de confiance de Zuma, certes, mais si ce dernier ne l’arrête pas dans ses dérives au relent raciste, c’est son image de président qui n’est d’ailleurs pas immaculée, qui risque d’en pâtir. En enjoignant son poulain de se soumettre à la discipline du Congrès national africain, Zuma a franchi un pas qui gagnerait à être emboîté par bien d’autres. Il rendrait service à l’Afrique du Sud tout entière et à son parti plus particulièrement, en apprenant à son acolyte à modérer son langage de sorte à le rendre plus responsable et moins débridé. Car une hymne est un outil de communication trop important pour qu’on s’amuse avec son choix. Le chant de lutte incitant à tuer les Boers, s’il pouvait être toléré en période apartheid, est plus qu’anachronique de nos jours. Car des efforts sont consentis par les deux races sud-africaines pour enterrer la partie sombre de leur passé commun, pour n’en garder que celle porteuse d’espoir d’un lendemain meilleur.
La même discipline doit être enseignée ou imposer, si cela s’avère nécessaire, aux extrémistes de l’AWB. Le caractère légal de leur mouvement ne doit pas être une licence pour des comportements déviants. Que l’emblème de leur parti ait quelque ressemblance avec la croix gammée nazi, dont on ne sait que trop le symbole inhumain et négationniste, passe encore. Mais de là à arborer avec une triste fierté le signe nazi lui-même tout en proclamant être racistes et fiers de l’être, il y a un abîme que les Boers doivent se garder de franchir, au risque d’y rester. Il appartient donc au pouvoir de Pretoria de prendre ses responsabilités, en interdisant de façon républicaine toutes ces folies extrémistes, avant que l’irréparable se produise.
Honoré OUEDRAOGO
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