jeudi 5 août 2010

Les assassins de Lumumba se pavanent toujours

(Mwinda 05/08/2010)
" Patrice était tellement un homme libre que pour les gens, c'était tellement original de voir un nègre qui ne léchait pas les pieds des hommes coloniaux que, instinctivement, il devenait une menace ". Le propos est tenu dans le film sur Lumumba par un Belge anticolonialiste qui a bien connu et fréquenté le nationaliste africain.
Dans le même film, l'un des bourreaux de Lumumba se lâche, avouant qu'il a découpé en morceaux le corps de l'homme politique congolais avant de le faire disparaître en le plongeant dans de l'acide sulfurique. Et de montrer, sourire narquois à la bouche doublé d'un incommensurable cynisme, deux dents de Lumumba qu'il a conservées en guise de trophée...
" Il y en a même qui croient qu’il [Lumumba] va revenir. Il va revenir avec deux dents de moins devant ! " s'amuse-t-il dans un éclat de rire sinistre. Il est vrai que jusqu'à ce jour, près d'un demi siècle après, personne n'a jamais été inquiété dans l'assassinat de Lumumba, peut-être le plus illustre personnage des indépendances africaines.
Pour ceux qui n'ont pas encore vu ce documentaire sur les circonstances du complot et de l'assassinat de Lumumba par les colons belges avec la complicité des Américains, un documentaire certes déjà connu mais toujours aussi révoltant et à la limite insupportable, ils peuvent le visualiser ci-dessous, en serrant les dents. Histoire de se rappeler, au moment où certains dirigeants africains croient digne de fêter le cinquantenaire de l'indépendance de leurs pays en allant parader sur les Champs Elysées un 14 juillet, la nature de ce que fut la colonisation et les sacrifices consentis par les peuples du continent...
Essayant de gagner la province du Kasaï contrôlée par ses partisans fin novembre 1960, Lumumba est capturé. De sa prison, il écrit à sa femme Pauline.
A lire ou à relire, le testament politique de Lumumba.
Ma compagne chérie,
Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.
Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai je dire d’autre ?
Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.
Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.
Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.
Vive le Congo ! Vive l’Afrique !
Patrice Lumumba

Mardi, 03 Août 2010
© Copyright Mwinda

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